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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 14:30

Nous quittons la cathédrale de Sibiti et le niveau de carburant ayant bien diminué, nous cherchons du carburant à la station service de la place où se tient le marché. Le tenancier nous annonce qu'il n'y a plus de diesel... Il nous invite cependant à en chercher auprès des "Kadhafi", vendeurs à la sauvette de carburant, plus ou moins trafiqué. Bon, on devrait pouvoir rejoindre la prochaine station à Loudima avec ce qui nous reste. Tant pis... Manu se demande si le pompiste n'est pas complice du trafic de carburant, engrangeant peut-être un bénéfice entre le prix officiel à la pompe et le prix de revente des petits vendeurs.

 

Nous reprenons la route de Loudima. A la sortie de Sibiti, nous prenons le soin de repérer la route de l'aéroport au cas où nous reviendrions ici demain pour rejoindre les chutes de la Bouenza. Je ne sais pourquoi Manu appelle cette piste, la "route d'Inda" alors que je ne vois pas de village portant ce nom sur la carte.

Un peu plus loin, nous rencontrons un mystérieux barrage... Un gros bambou et quelques branchages ont été jetés au travers de la route. L'endroit est sombre. Deux hommes se tiennent à proximité, machette à la main. Ne connaissant pas les intentions, bonnes ou mauvaises, de ces individus, Manu n'hésite pas et fonce ! Le frêle barrage ne résiste pas au 4x4 et nous passons sans encombre. Peut-être voulaient-ils seulement nous demander un service (les conduire à la ville suivante...) ? Ou bien rançonner le Blanc qu'ils avaient vu passer à l'aller ? Nous ne le saurons jamais, mais mon chauffeur n'a pas pris le risque de s'arrêter. Les deux hommes entre aperçus n'avaient pas l'air particulièrement agressifs... Avoir une machette est chose fréquente en brousse.

 

Nous repassons, route unique oblige, devant le campement "Pygmée" à Bihoua. Manu a la bonne idée de klaxonner à l'approche du lieu. Nous entendons alors une clameur montée, et je vois des paumes de mains s'agiter par dessus le rideau d'herbes folles qui borde la piste. Nos "amis" (cf Lékoumou : rencontre de "Pygmées" près de Bihoua) nous ont reconnus, mais moi je n'ai pas vu une seule tête émerger de la végétation !

 

Quelques kilomètres plus loin, je demande à Manu de s'arrêter. Le bref incident de tout à l'heure ne nous empêche pas de faire une étape. J'avais repéré à l'aller un charmant petit hameau perché sur une colline, près de Moukobi. De petites maisons en bois couvertes de chaume s'étagent au milieu de la végétation le long de la pente. En haut, on aperçoit une construction plus moderne, tout en longueur.

 

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Hameau près de Moukobi

 

Je traverse la route et monte un sentier à droite pour aller à la rencontre des habitants. Deux femmes montent un petit chemin à gauche, l'une portant un bébé dans le dos et du bois sur la tête, l'autre un mponzi, le panier étant lourdement chargé.

A l'entrée d'une case, j'offre quelques images à des enfants. Mais ils sont sans réaction... Les adultes qui les accompagnent paraissent tout autant hébétés. Sans doute sont-ils surpris de l'irruption soudaine d'un Blanc devant leur habitation ? Barrière de la langue ? Leurs conditions de vie semblent des plus rudimentaires, toutefois leur maison en bois est plus grande que celle des pygmées.

Le contact n'étant pas du tout établi, je redescends sur la route. J'ai repéré au bord de la piste une plante qui m'intrigue (cf Lékoumou : Dartrier ou casse ailée ). Christ m'accompagne dans ma petite balade.

En remontant la piste, nous croisons deux hommes avec chacun une brouette. L'un transporte du maïs, l'autre des bananes (vertes). Sans doute reviennent-ils des champs. Nouvelle tentative de contact... Cette fois pas de souci, nos deux villageois parlent français. Je demande à l'un d'eux ce qu'il fait du maïs. Il me répond qu'il s'en sert pour avoir de la farine et aussi fabriquer une boisson fermentée.

 

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Hommes du village transportant le maïs (© Manu)

 

Peu après, mon interlocuteur jette un regard noir à Manu. Car il vient de prendre une photo... Voyant sa réaction, je dis à Manu qu'il aurait dû demander son autorisation avant de faire le cliché. L'homme acquiesce et répète, mécontent, ma phrase à l'intention de Manu. On en reste là...

Nous voyons enfin un peu de soleil ! Le temps était bien nuageux depuis ce matin. Notre présence crée l'attraction et d'autres habitants viennent peu à peu nous rejoindre. Une femme porte un mobchi avec une lourde charge en bois, combustible pour la cuisine. Les enfants, plus timides, finissent aussi par s'approcher, parfois en se cachant derrière le pagne de leur mère ou restant en retrait.

Finalement, après quelques échanges amicaux, tout le monde est prêt pour une photo de groupe, y compris notre homme réticent qui pose cette fois avec un régime de bananes.

 

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Habitants de Moukobi

 

Un autre homme s'est approché de moi, et m'annonce qu'il est un "pygmée autochtone", il répète plusieurs fois le mot "autochtone", mais ne parle pas bien français. La nouvelle terminologie est donc parvenue jusqu'au fin fond de la brousse ! Notre "autochtone" est de petite taille, environ 1,50 m, et je suis obligé d'accorder du crédit à son affirmation.

 

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L'autochtone et moi (© Manu)

 

Il porte des vêtements trop grands pour lui, son maillot siglé dépasse largement et son pantalon de survêtement traîne par terre. Il se prête volontiers aux photographies, mais il a une idée derrière la tête, puisqu'il me réclame un peu d'argent. Je lui donne pour le remercier 500 FCFA.

 

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Mère et son bébé à Moukobi

 

Une maman me réclame aussi un petit billet pour son enfant. Le bébé est potelé et semble bien se porter. Elle répète "pour le bébé, pour le bébé...". Un autre billet marron viendra répondre à son attente.

Il est temps de partir car nous devons aller à Nkayi, nous saluons les villageois et reprenons la route. 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Lékoumou
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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:30

Après notre rencontre avec les "pygmées" de Bihoua, nous parcourons une quinzaine de kilomètres pour atteindre Sibiti, préfecture de la Lékoumou. Un peu avant la ville, une pancarte indique la direction d'un aérodrome.

Puis nous découvrons à l'entrée de Sibiti, une grande place où se tient un marché. Un bloc de béton annonce le nom de la ville et les principales directions : Mouyondzi à droite (95 km), Komono (66 km) et Zanaga (166 km) à gauche. Un autre panneau, de prévention cette fois, affiche " Le VIH/ SIDA est une réalité et non la sorcellerie. Protégeons-nous, Abstinence Préservatif, Fidélité". Trois bons conseils pour éviter d'être contaminé...

 

sibiti-place-marché

Place du marché à Sibiti

 

Nous tournons à droite pour repérer un peu la route de Mouyondzi, qui pourrait nous mener aux chutes de la Bouenza. La piste aménagée céde la place à la terre ocre ravinée. Manu s'enquiert auprès d'un habitant de l'état de la piste. Il parait quelle est en mauvais état... De toute façon, c'est trop tard pour entreprendre ce trajet aujourd'hui, nous faisons demi-tour et Manu se gare près de la place. Il cherche à avoir de plus amples informations.

Il me conseille de faire attention en faisant des photos, des militaires pourraient nous chercher des ennuis... La ville de Sibiti n'a rien de particulier, un habitat peu dense, constitué principalement de maisons sans étage, recouvertes de tôles. Quelques boutiques égayent l'avenue principale et on retrouve les traditionnels petits vendeurs sous leur parasol coloré.

 

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Rue principale de Sibiti

 

Des véhicules passent, dont pas mal de deux-roues, mais on est très loin de l'agitation de Pointe-Noire. Des enfants qui jouent près de notre voiture, curieux, ont repéré ma présence. Je distribue quelques images aux garçonnets. 

Manu revient avec une information : la meilleure route à partir de Sibiti pour rejoindre les chutes de la Bouenza, c'est la route de l'aérodrome. La piste a été récemment réaménagée par des entreprises (suite à l'effondrement du pont de Bouansa) afin de rejoindre Kimandou puis Moussanda, près du barrage de Moukoukoulou. Voilà au moins un tuyau !

 

Puisque nous sommes là, j'invite mes compagnons à découvrir un peu la ville. Mais je ne sais pas du tout, étant donné que ce n'était pas notre destination initiale, ce que l'on peut voir ici. Comme c'est la préfecture, je suppose qu'il y a une cathédrale ! Manu demande donc à un passant où se trouve la cathédrale. Nous reprenons notre véhicule et après quelques centaines de mètres empruntons sur la gauche un chemin non goudronné, non sans avoir demandé confirmation à un piéton (car il n'y a bien sûr aucune indication). Le chemin débouche sur une esplanade où effectivement est implantée une grande église.

 

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Cathédrale de Sibiti, vue de sous les sapins

 

Ce qui est surprenant en arrivant, c'est le bois de sapins qui est planté devant la cathédrale. Cette touche sylvestre typiquement française contraste avec la végétation locale ! Sans doute les missionnaires nostalgiques ont-ils voulu recréer à l'époque un bout de France, bien loin de leur pays natal.

Il est près de 14h30 et nous n'avons pas mangé, nous grignotons donc du pain et des cacahouètes. De petites chèvres noires et blanches déambulent sur le sol sableux, semant ça et là leurs chapelets de crottes.  

 

L'édifice présente une large façade en briques, des ouvertures de style gothique agrémentées de béton ajouré, donnant sur une nef principale, associée à deux collatéraux. Un modeste clocher couvert en bâtière est accolé à cette façade, de façon pas très harmonieuse. Le bâtiment souffre de l'humidité.

 

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Notre-Dame-de-Lourdes à Sibiti

 

J'ai trouvé quelques informations sur cette cathédrale. Le 12 mai 1948, Monseigneur Fauret décide de la création d'une "station" indépendante à Sibiti, à l'instar de Dolisie (cf Dolisie : église Saint-Paul ). C'est le père Adrien Olsthoorn, venant de Mouyondzi, qui en prend la direction. Il est rejoint peu après par trois autres religieux. La cathédrale de Notre-Dame-de-Lourdes de Sibiti a été construite entre 1957 et 1961 sous l'autorité du frère Hermès Van Eckert.

 

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Intérieur de Notre-Dame de Lourdes à Sibiti (© Guy Pannier)

 

Un petit sanctuaire reproduisant une simili grotte de Lourdes est implantée en face, à gauche de la façade. On en voit beaucoup au Congo !

Il y a une école juste à côté et j'échange quelques mots avec deux collégiens de 3ème et 4ème. Ils s'expriment très bien en français. J'apprends que la cathédrale est fermée, on ne peut pas la visiter. Dommage, l'intérieur semble digne d'intérêt, si j'en crois le cliché ci-dessus.

Ils sont dans une école catholique. Quelques jeunes filles s'approchent, mais plus timides ne participent pas à la discussion. Je demande s'il reste des religieux français, mais l'un des collégiens me répond qu'il n'y en a plus depuis la guerre. La mission de Sibiti a été pillée en 1998... Cela me frappe qu'il emploie précisément ce terme car peu de congolais le font, préférant celui "d'évènements socio-politiques" selon la terminologie officielle. Les Français ont fait de même avec les "évènements d'Algérie", il a fallu attendre 1999 pour que le parlement effectue une reconnaissance officielle de la Guerre d'Algérie...

Sibiti et sa région ont été touchés par les conflits fin décembre 1998, combats, otages, massacres, fuite de la population... Terrible litanie des maux provoqués par la guerre civile.

 

Sources : L'église du Loango 1919-1947 - Guy Pannier - Editions Karthala

L'Eglise de Pointe-Noire: Evolution des communautés chrétiennes de 1947 à 1975 - Guy Pannier

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Publié par Fabrice Moustic - dans Lékoumou
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