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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 10:15

Arrivés en bas de l'avenue du Djoué, nous empruntons l'actuel pont de la Nationale 1 pour traverser le cours d'eau, puis nous nous garons juste après à droite, sur une esplanade de terre poussiéreuse. D'après mes comparses, il vaut mieux aborder le vieux pont par ce côté là, afin de ne pas être "ennuyé" par les forces de l'ordre qui résident à proximité de l'autre rive (la "brigade de surveillance" que nous avons croisé nuitamment la veille, lors de notre retour des chutes de la Loufoulakari).

 

A l'entrée du pont, on trouve à l'ombre de bambous et de manguiers, quelques marchandes de fruits. Leurs modestes étals présentent des mangues tellement petites que, dans un premier temps, je les ai prises pour des avocats ! Quelques parasols abritent les habituelles boutiques de vendeurs de cartes d'appel téléphonique.

 

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Le vieux pont sur le Djoué

 

 

Le vieux pont n'est pas fermé à la circulation, mais est principalement emprunté par les piétons. Ce qui me surprend un peu, c'est que la chaussée du pont ne parait pas goudronnée, alors qu'il a servi pendant plusieurs décennies d'unique voie d'accès. Ainsi, les herbes folles poussent sur les bords de la piste de terre battue... Mais en fait le bitume est masqué sous une épaisse couche de terre poussiéreuse !

 

 

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Arcs en béton du vieux pont sur le Djoué    

 

Le soleil commence à faire son apparition et le site dans son écrin de verdure est agréable. Avec Manu et Frédéric, nous cheminons sous les arcatures en béton, amochées ça et là, mais l'ouvrage d'art semble encore solide.

  

Il s'agit d'un pont en béton armé de type "Ottino". On trouve un pont similaire à celui-ci, permettant à la voie ferrée de traverser le Djoué, à Ngoma Tsé-Tsé (village situé à une quinzaine de kilomètres).

 

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Pont Ottino sur le Djoué en 1931-32 (© CAOM - Anonyme)

 

Ce type de construction avec une seule arche est adapté pour des ponts de faible portée. Le pont tire son nom de l'entreprise Ottino, à laquelle la société des Batignolles avait confié la réalisation de nombre d'ouvrages d'art de la ligne du CFCO. La conception de ce pont est issu d'un bureau d'études parisien, celui des ingenieurs Pelnard-Considère et Caquot.

J'avais déjà évoqué l'entreprise Ottino pour la construction du phare de Pointe-Noire (cf  Terre d'ébène : le mystère du phare... éclairci !). 

 

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Pont sur le Djoué à l'entrée de Brazzaville (carte postale Hoa Gui vers 1950)

 

Ce pont permet de franchir depuis 80 ans l'obstacle naturel que constitue le Djoué, afin d'accéder à Brazzaville. Il est situé un peu avant la confluence avec le fleuve Congo, comme on peut le voir sur cette vue aérienne.

Auparavant, il y a eu bien d'autres solutions (cf  Brazzaville : traverser le Djoué... avec ou sans pont !).

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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13 juin 2011 1 13 /06 /juin /2011 10:00

Nous quittons le phare d'Erell et la case de Gaulle, en empruntant l'avenue de Brazza. Avec toujours ces mêmes trois personnages qui ont marqué l'histoire et l'architecture de Brazzaville, on frise la saturation !


Mais pour être complet, je dois aussi évoquer brièvement des évènements plus récents qui ont marqué les lieux que je viens de quitter. Evènements tragiques qui ont vu des tueries se dérouler sous les fenêtres de l'ambassade de France en 1998. Ces tueries sont le prolongement des affrontements de 1997 entre factions rivales qui ont dévasté le centre-ville.

Le détonateur (ou le prétexte pour certains) est la déclaration sur RFI, de l'opposant au pouvoir en place, Bernard Kolélas. Il annonce que ses miliciens contrôlent tous les quartiers de Brazzaville. Ainsi, le 18 décembre 1998 des miliciens adverses "Cobras", aidés par des mercenaires de pays voisins, ont investi les quartiers sud de Brazzaville forçant la population à fuir par la RN1 (route de Kinkala - Pointe-Noire). Les jeunes hommes des quartiers sud sont alors suspectés d'appartenir aux "Ninjas" de Kolélas et sont bien souvent abattus. A Bacongo et Makélékélé, on massacre des centaines d'hommes, de femmes et d'enfants... Ceux qui fuient par la route nationale sont également victimes de massacres et sont contraints de se cacher dans les collines et les forêts environnantes, dépourvus de tout. Certains affirment que les "Ninjas" ont eux aussi tué des habitants des quartiers sud, en les suspectant d'être des informateurs, des traîtres à la solde de leurs ennemis "Cobras". La haine est vive dans les deux camps armés et les civils en sont toujours les victimes.


Ce matin du 18 décembre 1998, une centaine d'habitants de Bacongo force les grilles de l'ambassade de France pour s'y réfugier. Mais après une nuit d'angoisse passée là, ils sont expulsés par un escadron de gendarmes mobiles arrivés fraîchement de Paris. Le 19 décembre 1998 au matin, les "réfugiés" sont en quelque sorte remis entre les mains des miliciens Cobras et certains sont exécutés à peine sortis de la "case de Gaulle". La représentation française ferme les yeux... On s'en tient au strict respect des procédures, les gendarmes sont présents pour assurer la sécurité des ressortissants français et de l'ambassade, pas celle des populations civiles congolaises.

L'ambassadeur de France, arrivé l'année précédente, restera en poste jusqu'en 2002. Il recevra plus tard de la Présidence Congolaise, la décoration de "Commandeur de l’Ordre national du Mérite du Congo". Ce contexte de guerre civile était très difficile, mais la France n'a vraiment pas de quoi être fière, de ce que l'on peut qualifier au minimum de terrible aveuglement et de non assistance à personnes en danger de mort.

 

avenue-savorgnan-brazza

Avenue Savorgnan de Brazza    

 

Mes comparses Manu et Fred étaient à Brazzaville à cette époque et parlent pudiquement des "évènements socio-politiques". Difficile d'aborder ces tragiques moments qui ont dus les marquer durablement. Les plaies ne sont pas cicatrisées et les tueries à répétition des différentes factions restent vives dans les mémoires.

 

Mais revenons en 2011, et à une découverte heureusement plus pacifique de Brazzaville. Nous prenons l'avenue de l'O.U.A à la circulation chargée. Les véhicules de toutes sortes s'entremêlent dans un joyeux bazar. Comme la veille, un taxi s'est planté dans la contre-allée en essayant de prendre un raccourci. Hélas, la forte dénivellation liée aux travaux en cours ne lui a laissé aucune chance ! Il se retrouve tout penaud à essayer de trouver une solution pour se sortir de cette fâcheuse posture.

 

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Avenue de l'O.U.A.

 

Manu a donné rendez-vous non loin de là à notre loueur de 4x4. Il faut régler la note ! Brice se gare sur le côté et une brève négociation débute. Mais j'avais déjà discuté du montant attendu par notre interlocuteur avec Manu... Il me demande bien évidemment plus, 75 000 FCFA ! J'argumente sur le mauvais état du véhicule, que ce soit la saleté (il pue l'huile) ou l'usure globale (la jauge hors service...). Je donne 45 000 FCFA pour la journée d'expédition de la veille, ce qui me semble honnête. L'homme est satisfait et nous poursuivons notre chemin.

 

Notre but est de voir de plus près le Djoué et le vieux pont qui le surplombe. Nous descendons l'avenue qui mène vers la rivière, le long de laquelle des vanniers exercent leur activité.

 

 

Sources : http://www.congo-internet.com - J-P. Loulendo-Ngo - " Il y a dix ans, les tueries de la Case de Gaulle, à Bacongo" (2008).

Noir Silence - François-Xavier Verschave, Éd. Les Arènes, 2000 (pp. 15-33).

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Publié par Fabrice Moustic - dans Brazzaville
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