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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 11:15

Je me trouve alors devant l'ancienne résidence du Gouverneur de l'Afrique Equatoriale Française : la "villa Antonetti".

Laudy rentre à l'intérieur pour demander si je peux "visiter". En attendant, je fais un cliché de l'extérieur. On manque de recul car la villa est désormais enserrée dans un enclos et les autres constructions. J'arrive tout de même à avoir la façade en entier.

La villa est aujourd'hui complètement masquée par les immeubles qui bordent l'avenue de Gaulle, si bien que l'on passe très facilement à côté, sans voir ce lieu historique !

 

villa-antonetti-restaurant-façade

La villa Antonetti (2011)

 

La façade blanche présente un perron à balustrade avec une belle colonnade. Les deux pignons donnent fière allure au bâtiment, qui n'a guère changé depuis sa construction (au début des années 1930).

 

maison-gouverneur-PNR-1932

La résidence du Gouverneur, flambant neuve, en décembre 1932 (© CAOM)

 

La différence notable, c'est le fait que les pignons ne comportent plus de faux pans de bois peints, en marron je présume à l'époque. Ils sont blancs aujourd'hui et se font donc plus discrets. C'est une entorse au style régionaliste, visible sur la gare toute proche !

 

Par contre, un autre cliché montre un bâtiment disparu. A gauche, derrière les arbres, on reconnait les colonnades de la "villa Antonetti". Le petit sentier du premier plan est parallèle à l'avenue de Gaulle. L'environnement a bien changé depuis, et le bâtiment avec une grande arcade, situé à droite du cliché, a été détruit.

 

résidence-gouverneur-général-pointe-noire

Palais et Résidence du gouverneur Général à Pointe-Noire - AEF (carte postale © L. Dudé)

 

Laudy revient, nous sommes autorisés à entrer, il connaît les lieux. Dans le hall d'entrée, un serveur m'accueille. Je regarde les différentes photographies dans de petits cadres accrochés le long du mur. J'en reconnais bien sûr certaines du Pointe-Noire colonial.

 

L'une retient mon attention et je demande la permission d'en faire un cliché. On y voit le Gouverneur Antonetti, tout habillé de blanc, posant devant une imposante locomotive à vapeur.

 

antonetti-locomotive-vapeur

Antonetti (au centre) devant une locomotive du CFCO (© L’Illustration, 20/10/1934)

 

Le Gouverneur Raphaël Antonetti (1872-1938) fut en effet le principal artisan de la (douloureuse) construction de la ligne de chemin de fer entre Brazzaville et Pointe-Noire. Il bénéficia pour cela d'une exceptionnelle longévité de dix ans (1924-1934) à son poste de Gouverneur Général.

 

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M. Antonetti, gouverneur général de l'A.E.F., à Paris en 1933 (Agence de presse Mondial ©BNF) 

       

Le personnage montre un air sévère quand il pose dans son appartement parisien. Sa réputation de dureté n'est sans doute pas usurpée... Il fallait construire coûte que coûte le CFCO ! Il a donc laissé à la postérité une image controversée. Avant le Congo, l'homme avait œuvré comme Gouverneur au Dahomey, au Sénégal et en Côte d'Ivoire.

Notez la présence d'antiquités africaines sur sa cheminée. L'homme était en effet un collectionneur d'œuvres d'art et un numismate. Après sa mort, un legs fût fait en 1938 au Musée national des arts d'Afrique et d'Océanie (collections actuelles du Musée du quai Branly). On y trouve quelques objets provenant du Congo, dont des statuettes Téké et Bembé.

 

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Locomotive à vapeur manœuvrant devant la gare de Brazzaville en 1932 (© CAOM)

 

La ligne du CFCO achevée, il fut mis à la retraite en 1934, à l'âge de 62 ans. On érigea un buste en son honneur à Pointe-Noire, après sa mort, et on donna son nom à la place située à quelques mètres de sa résidence. Un boulevard d'Abidjan porte (ou portait ?) aussi son nom.

 

Après le hall d'entrée, je suis autorisé à poursuivre ma visite. Je traverse la belle salle à manger, très dépaysante au vu du contexte extérieur, ambiance années 1930. Le lieu est aujourd'hui un restaurant. Je découvre ensuite le jardin.


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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 11:00

Après ma digression historique, je repars donc de la rue Djindji, emprunte la rue Tchilounga pour rejoindre l'avenue de Gaulle. Je range mon appareil photo, car j'approche d'une zone riche en uniformes de tout poil.

Mon objectif est d'aller à la boutique de Moussa, le marchand de tissu situé près de la grande Poste. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il sait déjà que je suis présent à Pointe-Noire ! Il n'est donc pas surpris de me voir. Le "téléphone congolais" a très bien fonctionné... Il me dit que c'est "celui avec la tête large" qui l'a prévenu de mon arrivée. Il fait référence à Ghislain, le chauffeur que j'avais eu lors de ma dernière mission.

J'achète en fait deux robes pour ma tante Yvette. Elle voulait être au large quand il fait chaud ! Moussa me conseille sur la taille et me propose deux modèles. J'opte pour des robes à dominante bleue. Le vendeur m'explique que l'un des modèles s'appelle le "Miriam Makeba", en référence à feu la chanteuse sud-africaine.

Moussa aimerait bien me vendre une gandoura. Mais les modèles ne m'emballent pas, ils sont beaucoup trop larges. On pourrait mettre sans souci deux Fabrice dedans ! Par contre, pensant à la petite Paule, née récemment, j'achète un petit éléphant rose en tissu.

 

Après ces emplettes, je remonte l'avenue de Gaulle. Mon but est de découvrir un autre bâtiment colonial que j'avais zappé jusqu'ici...

Au niveau de la place Antonetti, difficile de ne pas se faire alpaguer par les vendeurs. D'autant plus que l'un d'eux me connait. Moi par contre, je ne percute pas tout de suite. Il m'appelle "boss", c'est donc qu'il a trainé avec Arsène ! Il s'agit en effet d'un jeune homme que j'avais croisé devant le Derrick. Il se prénomme Laudy. Il me rappelle qu'il m'avait demandé service et que je lui avais répondu que ce serait pour une autre fois... C'est sans doute vrai.

Laudy m'explique qu'il lui manque 20 000 FCFA pour récupérer le permis de conduire qu'il vient de passer. Il veut être taxi. Vérité ou arnaque ? Mon interlocuteur parait sincère.

Repensant soudain à une idée de cadeau, je lui donne la somme contre 3 dents de panthère et une dent de requin. J'exprime des doutes quant à l'authenticité des dents de panthère... Laudy m'assure que pour notre "première affaire", ce ne sont pas des faux !

 

place-antonetti-peintures

Peintures à vendre place Antonetti

 

Pendant que nous discutons, un mendiant s'est approché de nous. Il a un pied en moins... Il se tient à distance, mais bien sûr attend quelques pièces. Je pense l'avoir déjà vu à l'angle du magasin Casino. Je lui donne quelques pièces de 100 FCFA et il repart en béquillant. Misère...

Laudy me présente son frère William qui est installé près des étals de la place Antonetti. Il me dit être peintre et me montre des peintures signées Williamson. De simples vendeurs se présentent parfois comme peintre pour mieux amadouer l'acheteur potentiel... Je lui annonce la couleur (c'est le cas de le dire !), je n'achète rien. Les tableaux représentent des femmes africaines et sont très colorés. Pas mal. William tente une fois de m'en vendre un, mais il comprend vite que c'est sans espoir. Je jette juste un oeil !

 

place-antonetti-construction-immeuble

Immeuble en construction, place Antonetti

 

Laudy me fait ensuite une étrange demande. Il souhaite que lors de mon prochain séjour, je lui apporte... du papier à cigarettes ! Il m'explique qu'à Pointe-Noire on retrouve du tabac, mais pas de papier à rouler. Ce qui est singulier, c'est qu'il a préparé une enveloppe avec à l'intérieur la référence du papier souhaité. Sur l'enveloppe ornée d'un avion, il est écrit "le boss" et le courrier commence par "Bonjour mesieux". Il pensait donc me croiser un jour ou l'autre pour me faire sa demande !! L'espoir fait vivre...


Je prends bien entendu l'enveloppe et je fais part à Laudy du but de mon passage par ici. Il connaît bien les lieux et me sert alors de guide ! Nous passons par un chemin de sable, entre les palissades en tôle, derrière l'imposant immeuble en cours de construction, élément d'un vaste projet immobilier. Il fait déjà huit étages...

Les rumeurs courent, on déménagerait le village des artisans au rez-de-chaussée de cet immeuble. Car le village de la Côte Mondaine serait menacé à terme par les travaux d'extension du port. Vérité ou pas ?!

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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