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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 11:00

Après ma digression historique, je repars donc de la rue Djindji, emprunte la rue Tchilounga pour rejoindre l'avenue de Gaulle. Je range mon appareil photo, car j'approche d'une zone riche en uniformes de tout poil.

Mon objectif est d'aller à la boutique de Moussa, le marchand de tissu situé près de la grande Poste. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il sait déjà que je suis présent à Pointe-Noire ! Il n'est donc pas surpris de me voir. Le "téléphone congolais" a très bien fonctionné... Il me dit que c'est "celui avec la tête large" qui l'a prévenu de mon arrivée. Il fait référence à Ghislain, le chauffeur que j'avais eu lors de ma dernière mission.

J'achète en fait deux robes pour ma tante Yvette. Elle voulait être au large quand il fait chaud ! Moussa me conseille sur la taille et me propose deux modèles. J'opte pour des robes à dominante bleue. Le vendeur m'explique que l'un des modèles s'appelle le "Miriam Makeba", en référence à feu la chanteuse sud-africaine.

Moussa aimerait bien me vendre une gandoura. Mais les modèles ne m'emballent pas, ils sont beaucoup trop larges. On pourrait mettre sans souci deux Fabrice dedans ! Par contre, pensant à la petite Paule, née récemment, j'achète un petit éléphant rose en tissu.

 

Après ces emplettes, je remonte l'avenue de Gaulle. Mon but est de découvrir un autre bâtiment colonial que j'avais zappé jusqu'ici...

Au niveau de la place Antonetti, difficile de ne pas se faire alpaguer par les vendeurs. D'autant plus que l'un d'eux me connait. Moi par contre, je ne percute pas tout de suite. Il m'appelle "boss", c'est donc qu'il a trainé avec Arsène ! Il s'agit en effet d'un jeune homme que j'avais croisé devant le Derrick. Il se prénomme Laudy. Il me rappelle qu'il m'avait demandé service et que je lui avais répondu que ce serait pour une autre fois... C'est sans doute vrai.

Laudy m'explique qu'il lui manque 20 000 FCFA pour récupérer le permis de conduire qu'il vient de passer. Il veut être taxi. Vérité ou arnaque ? Mon interlocuteur parait sincère.

Repensant soudain à une idée de cadeau, je lui donne la somme contre 3 dents de panthère et une dent de requin. J'exprime des doutes quant à l'authenticité des dents de panthère... Laudy m'assure que pour notre "première affaire", ce ne sont pas des faux !

 

place-antonetti-peintures

Peintures à vendre place Antonetti

 

Pendant que nous discutons, un mendiant s'est approché de nous. Il a un pied en moins... Il se tient à distance, mais bien sûr attend quelques pièces. Je pense l'avoir déjà vu à l'angle du magasin Casino. Je lui donne quelques pièces de 100 FCFA et il repart en béquillant. Misère...

Laudy me présente son frère William qui est installé près des étals de la place Antonetti. Il me dit être peintre et me montre des peintures signées Williamson. De simples vendeurs se présentent parfois comme peintre pour mieux amadouer l'acheteur potentiel... Je lui annonce la couleur (c'est le cas de le dire !), je n'achète rien. Les tableaux représentent des femmes africaines et sont très colorés. Pas mal. William tente une fois de m'en vendre un, mais il comprend vite que c'est sans espoir. Je jette juste un oeil !

 

place-antonetti-construction-immeuble

Immeuble en construction, place Antonetti

 

Laudy me fait ensuite une étrange demande. Il souhaite que lors de mon prochain séjour, je lui apporte... du papier à cigarettes ! Il m'explique qu'à Pointe-Noire on retrouve du tabac, mais pas de papier à rouler. Ce qui est singulier, c'est qu'il a préparé une enveloppe avec à l'intérieur la référence du papier souhaité. Sur l'enveloppe ornée d'un avion, il est écrit "le boss" et le courrier commence par "Bonjour mesieux". Il pensait donc me croiser un jour ou l'autre pour me faire sa demande !! L'espoir fait vivre...


Je prends bien entendu l'enveloppe et je fais part à Laudy du but de mon passage par ici. Il connaît bien les lieux et me sert alors de guide ! Nous passons par un chemin de sable, entre les palissades en tôle, derrière l'imposant immeuble en cours de construction, élément d'un vaste projet immobilier. Il fait déjà huit étages...

Les rumeurs courent, on déménagerait le village des artisans au rez-de-chaussée de cet immeuble. Car le village de la Côte Mondaine serait menacé à terme par les travaux d'extension du port. Vérité ou pas ?!

 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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18 juin 2011 6 18 /06 /juin /2011 10:50

Malheureusement, les activités humaines ont fait disparaître le superbe site naturel du rocher de Pointe-Noire. Le cap rocheux a été tout simplement détruit lors des travaux de construction du port entre 1934 et 1939. Il fallait niveler, enrocher et bétonner pour mettre en place le stratégique port en eaux profondes.

 

port-pointe-noire-digue-1943 

La digue de protection à l'entrée du port en 1943 (Anonyme © CAOM)

 

Le port est officiellement inauguré en avril 1939, mais n'est pas terminé... En 1942-1943, dans le contexte de la Deuxième Guerre Mondiale, on poursuit la construction de la digue et le bétonnage.

 

port-pointe-noire-bétonnage-1943

Construction du port - Chantier de bétonnage - Juillet 1943 (Germaine Krull © CAOM)

 

Après les premières constructions tournant autour des activités portuaires (comme le wharf, le phare, la digue...) l'urbanisation du quartier s'est poursuivie dans les années 1920-1930 et les bâtiments administratifs "en dur" ont succédé aux modestes constructions "végétales" de la Côte Mondaine. Les commerces et les habitations ont suivi.

 

quartier-djindji-1946

Quartier Djindji (vu de la gare) vers 1950 (carte postale)

 

Aujourd'hui, il ne reste plus rien du cap naturel qui a donné son nom à la ville. Les palmiers rôniers ont disparu et on trouve plutôt maintenant dans cette zone des manguiers. Plus de rochers noirs non plus, dans cette partie très modifiée de la côte. On trouve encore quelques roches de ce type de l'autre côté de la baie (vers Songolo).

 

vue-baie-port-phare-PNR

Vue aérienne du phare et du port vers 1955 (carte postale)

 

L'emplacement de la "pointe-noire" historique est localisable aujourd'hui aux environs des grandes cuves blanches, situées après le phare.

 

pointe-noire-cap-2010

Le phare et l'emplacement du cap originel, vus de la Côte Mondaine (2010)

 

Mais le nom local de Djindji garde vivant à nos oreilles la mémoire du lieu dans son aspect originel ! En effet, il s'agirait d'une onomatopée évoquant la déferlante des vagues sur les rochers noirs du cap. Le bruit incessant du sac et du ressac... Djin, Dji, Djin, Dji... L'unité lexicale imite simplement le bruit naturel de l'océan !

Le lieu dénommé Djindji était une partie d'un plus vaste ensemble appelé Cikungula. Le nom provient d'un verbe Vili signifiant "se laver", le site étant l'objet de rituels de purification. 

Avant l'arrivée des européens, c'était donc un lieu de rassemblement des populations, érigé en "canton" de Mbanda (signifiant en Vili "terrain plat", en référence à la bande côtière recouverte de végétation). Voilà pour les origines locales ! C'est important d'en garder la trace à travers le nom d'une rue (cf Pointe-Noire : autour de Djindji) et d'un quartier.

 

 

Source : 

Toponymie sur la ville de Pointe-Noire - ORSTOM - Jean Dello - 1988.

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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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