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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:30

Après notre rencontre avec les "pygmées" de Bihoua, nous parcourons une quinzaine de kilomètres pour atteindre Sibiti, préfecture de la Lékoumou. Un peu avant la ville, une pancarte indique la direction d'un aérodrome.

Puis nous découvrons à l'entrée de Sibiti, une grande place où se tient un marché. Un bloc de béton annonce le nom de la ville et les principales directions : Mouyondzi à droite (95 km), Komono (66 km) et Zanaga (166 km) à gauche. Un autre panneau, de prévention cette fois, affiche " Le VIH/ SIDA est une réalité et non la sorcellerie. Protégeons-nous, Abstinence Préservatif, Fidélité". Trois bons conseils pour éviter d'être contaminé...

 

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Place du marché à Sibiti

 

Nous tournons à droite pour repérer un peu la route de Mouyondzi, qui pourrait nous mener aux chutes de la Bouenza. La piste aménagée céde la place à la terre ocre ravinée. Manu s'enquiert auprès d'un habitant de l'état de la piste. Il parait quelle est en mauvais état... De toute façon, c'est trop tard pour entreprendre ce trajet aujourd'hui, nous faisons demi-tour et Manu se gare près de la place. Il cherche à avoir de plus amples informations.

Il me conseille de faire attention en faisant des photos, des militaires pourraient nous chercher des ennuis... La ville de Sibiti n'a rien de particulier, un habitat peu dense, constitué principalement de maisons sans étage, recouvertes de tôles. Quelques boutiques égayent l'avenue principale et on retrouve les traditionnels petits vendeurs sous leur parasol coloré.

 

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Rue principale de Sibiti

 

Des véhicules passent, dont pas mal de deux-roues, mais on est très loin de l'agitation de Pointe-Noire. Des enfants qui jouent près de notre voiture, curieux, ont repéré ma présence. Je distribue quelques images aux garçonnets. 

Manu revient avec une information : la meilleure route à partir de Sibiti pour rejoindre les chutes de la Bouenza, c'est la route de l'aérodrome. La piste a été récemment réaménagée par des entreprises (suite à l'effondrement du pont de Bouansa) afin de rejoindre Kimandou puis Moussanda, près du barrage de Moukoukoulou. Voilà au moins un tuyau !

 

Puisque nous sommes là, j'invite mes compagnons à découvrir un peu la ville. Mais je ne sais pas du tout, étant donné que ce n'était pas notre destination initiale, ce que l'on peut voir ici. Comme c'est la préfecture, je suppose qu'il y a une cathédrale ! Manu demande donc à un passant où se trouve la cathédrale. Nous reprenons notre véhicule et après quelques centaines de mètres empruntons sur la gauche un chemin non goudronné, non sans avoir demandé confirmation à un piéton (car il n'y a bien sûr aucune indication). Le chemin débouche sur une esplanade où effectivement est implantée une grande église.

 

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Cathédrale de Sibiti, vue de sous les sapins

 

Ce qui est surprenant en arrivant, c'est le bois de sapins qui est planté devant la cathédrale. Cette touche sylvestre typiquement française contraste avec la végétation locale ! Sans doute les missionnaires nostalgiques ont-ils voulu recréer à l'époque un bout de France, bien loin de leur pays natal.

Il est près de 14h30 et nous n'avons pas mangé, nous grignotons donc du pain et des cacahouètes. De petites chèvres noires et blanches déambulent sur le sol sableux, semant ça et là leurs chapelets de crottes.  

 

L'édifice présente une large façade en briques, des ouvertures de style gothique agrémentées de béton ajouré, donnant sur une nef principale, associée à deux collatéraux. Un modeste clocher couvert en bâtière est accolé à cette façade, de façon pas très harmonieuse. Le bâtiment souffre de l'humidité.

 

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Notre-Dame-de-Lourdes à Sibiti

 

J'ai trouvé quelques informations sur cette cathédrale. Le 12 mai 1948, Monseigneur Fauret décide de la création d'une "station" indépendante à Sibiti, à l'instar de Dolisie (cf Dolisie : église Saint-Paul ). C'est le père Adrien Olsthoorn, venant de Mouyondzi, qui en prend la direction. Il est rejoint peu après par trois autres religieux. La cathédrale de Notre-Dame-de-Lourdes de Sibiti a été construite entre 1957 et 1961 sous l'autorité du frère Hermès Van Eckert.

 

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Intérieur de Notre-Dame de Lourdes à Sibiti (© Guy Pannier)

 

Un petit sanctuaire reproduisant une simili grotte de Lourdes est implantée en face, à gauche de la façade. On en voit beaucoup au Congo !

Il y a une école juste à côté et j'échange quelques mots avec deux collégiens de 3ème et 4ème. Ils s'expriment très bien en français. J'apprends que la cathédrale est fermée, on ne peut pas la visiter. Dommage, l'intérieur semble digne d'intérêt, si j'en crois le cliché ci-dessus.

Ils sont dans une école catholique. Quelques jeunes filles s'approchent, mais plus timides ne participent pas à la discussion. Je demande s'il reste des religieux français, mais l'un des collégiens me répond qu'il n'y en a plus depuis la guerre. La mission de Sibiti a été pillée en 1998... Cela me frappe qu'il emploie précisément ce terme car peu de congolais le font, préférant celui "d'évènements socio-politiques" selon la terminologie officielle. Les Français ont fait de même avec les "évènements d'Algérie", il a fallu attendre 1999 pour que le parlement effectue une reconnaissance officielle de la Guerre d'Algérie...

Sibiti et sa région ont été touchés par les conflits fin décembre 1998, combats, otages, massacres, fuite de la population... Terrible litanie des maux provoqués par la guerre civile.

 

Sources : L'église du Loango 1919-1947 - Guy Pannier - Editions Karthala

L'Eglise de Pointe-Noire: Evolution des communautés chrétiennes de 1947 à 1975 - Guy Pannier

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Publié par Fabrice Moustic - dans Lékoumou
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16 mai 2012 3 16 /05 /mai /2012 13:15

Le terme de "Pygmée", attribué par les européens aux Noirs de petite taille (c'est un mot d'origine grecque signifiant "haut d'une coudée") a pris au fil du temps une connotation péjorative, voire pour certains constitue une insulte. Bien sûr, les populations concernées, à l'origine, ne se nommaient pas ainsi.

En Afrique centrale, de multiples ethnies subsistent principalement dans les deux Congos, au Gabon, au Cameroun et en République Centrafricaine. Au Congo, on peut croiser deux grands groupes, des Babinga (nord du pays) et des Babongo (sud du pays). D'autres les nomment "Akas", petit peuple de la forêt. Il y a de multiples sous-groupes ethniques, je laisse aux spécialistes le soin d'en parler. Ce sont à l'origine des peuples de chasseurs-cueilleurs nomades, adaptés à la vie en forêt. Certains émettent l'hypothèse que leur petite taille (1,40 à 1,50 m à l'âge adulte) est liée à une adaptation à leur environnement.

 

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Groupe de "Pygmées" avec un colon - Congo - Oubangui (carte postale vers 1950)


Cette minorité ethnique a été opprimée et exploitée depuis longtemps par les Bantous, les "grands Noirs". Profitant de leur supériorité physique et de leur avance technique, les Pygmées étaient soumis à des corvées, voire devenaient de véritables esclaves, en tant que "propriété" de leur "maître" Bantou. Ces pratiques n'ont malheureusement pas complètement disparu. Les relations avec les Bantous demeurent fortement inégalitaires, ceux-ci étant propriétaires des terrains et des animaux.

  

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Chasseurs "pygmées" de la région de Ouesso - Congo (carte postale vers 1950)

 

Au Congo, les Pygmées ne représentent qu'environ 1% de la population, soit seulement de l'ordre de 40 000 individus dispersés sur tout le territoire.

Nombre de pygmées seraient sédentaires en saison des pluies dans le type d'habitation vu à Bihoua (cf Lékoumou : rencontre de "Pygmées" près de Bihoua), et nomades pendant la saison sèche, habitant alors en forêt dans une hutte végétale en forme d'igloo.

Mais la sédentarisation est de plus en plus permanente, conséquence de la cohabitation avec les villageois Bantous, conjuguée avec la disparition progressive de leur culture et de l'habitat traditionnel forestier (victime de l'exploitation des ressources naturelles).

 

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Enfant pygmée du Congo devant une hutte (AFP © Desirey Minkoh)


Après l'Administration Coloniale, ce sont les autorités de la République du Congo qui dès les années 1960 ont favorisé la sédentarisation et l'installation des Pygmées à côté des villages Bantous. Une ségrégation a lieu car souvent une bande non habitée les sépare, à l'entrée ou à la sortie des villages.

Dans la Lékoumou, qui abrite environ 30% des Pygmées du Congo, on dénombre ainsi une cinquantaine de villages où les deux populations cohabitent. Les Babongo de la région de Sibiti parlent différentes langues, y compris des langues Bantous qu'ils ont assimilé.
En moyenne, les trois-quarts d'entre-eux ne sont jamais allés à l'école. Ils sont principalement employés par les Bantous comme main d'oeuvre dans les travaux agricoles et forestiers, dans le meilleur des cas pour un maigre salaire de 250 à 500 FCFA par jour (environ 50 centimes à 1 Euro). Quand ce n'est pas pour un litre de vin de palme...
Une loi pour protéger les Pygmées, élaboré en 2004 par le gouvernement congolais, a été seulement promulguée en 2011. Changement de terminologie, on parle désormais de "peuples autochtones". Mais la perte d'identité associée à l'alcoolisme est en progression rapide, conduisant à la possible extinction de ses peuples et leurs cultures. L'ONU tire la sonnette d'alarme, mais l'application sur le terrain des protections prévues par la loi est loin d'être évidente. Les "autochtones" eux-mêmes sont pris dans un cruel dilemme entre le mode de vie traditionnel et les attraits de la modernité.


Sources principales : 
La sédentarisation des pygmées et son impact sur leur développement dans les villages communautaires au Congo : Cas du district de Sibiti. Benoît Libali- 2001
Dictionnaire Général du Congo Brazzaville - Philippe Moukoko - 2000
RFI.fr 

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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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