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13 septembre 2013 5 13 /09 /septembre /2013 20:00

Le tout premier hôtel de Pointe-Noire, qui marqua les premiers voyageurs peu après la naissance de la ville, s'appelait l'hôtel du Port.

Il se situait le long de la bien nommée avenue du Port (actuelle avenue Félix Eboué), sur l'axe stratégique entre le port et la gare de voyageurs CFCO. En fait, il était presque face à la gare de marchandises.

 

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Vue aérienne de l'avenue du Port vers 1950 (© Studio Plantier)

 

L'hôtel est très probablement construit vers 1930. Les façades latérales comportent un petit fronton, les balcons ajourés en béton, alors très à la mode, décorent les différents niveaux. Pour rompre la monotonie, au rez-de-chaussée, on alterne ouvertures en plein cintre et ouvertures rectangulaires.

 

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Hôtel du Port vers 1930 (carte postale © BR - Editeur Bloc Frères)

 

L'établissement hôtelier est de taille modeste. Mais c'est un gros progrès d'avoir une construction "en dur", par comparaison avec les toutes premières maisons fabriquées en matériaux locaux... Il est coquet avec terrasse, tables et chaises, pergolas, arbustes, et plantations diverses.

 

 

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Entrée de l'hôtel (détail - carte postale © BR)

 

Sur le seuil de l'entrée, un couple prend la pose pour le cliché. On peut supposer qu'il s'agit-il des propriétaires d'alors. A gauche, accoudé à la fenêtre, on remarque un colon, casque blanc vissé sur la tête. Un client de l'hôtel ?

 

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Vue latérale de l'hôtel du Port vers 1925 (carte postale)

 

La vue ci-dessus semble un peu plus ancienne, car les abords de l'hôtel ne sont pas aménagés (le sable domine !). On lit sur le fronton "Hôtel du Port", du côté donnant vers le phare.

 

Dans les décennies suivantes, l'établissement sera entouré de murets et les arbustes devenus grands formeront une ceinture végétale autour de l'hôtel (détail de la vue aérienne, de qualité assez médiocre, ci-dessous).

 

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L'hôtel du Port implanté au carrefour vers 1950 (détail © Studio Plantier)

 

Juste derrière l'hôtel du Port, on trouvait la CFBC et la concession Portella, alors situées au coeur de l'activité économique de la ville (cf Bâtiments coloniaux : compagnie CFHBC et concession Portella ).

 

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Vue sur l'actuelle rue Massabi, façades des "concessions" (carte postale vers 1955)

 

L'hôtel "historique" a été détruit et remplacé par une station service... La modeste batisse n'était plus adaptée aux normes de confort de la fin du XXème siècle.


Pendant plusieurs décennies, "Madame Paulette" Poullennec a tenu un autre établissement hôtelier, situé tout près. C'était une figure de la cité pontenégrine, si j'en crois le témoignage de plusieurs lecteurs. Aujourd'hui, l'hôtel de Fez,  se fait l'héritier de "Chez Paulette", il est implanté à l'angle de la rue Massabi et de la rue de Tchilounga. Pas exactement à l'emplacement du tout premier hôtel de Pointe-Noire, mais seulement à quelques dizaines de mètres.

Si mes informations sont bonnes, Mme Paulette est décédée en France en 2010, à l'âge de 94 ans.

 

 

Post-scriptum : 

J'ai trouvé une autre photographie de l'hôtel du Port prise vers 1935. La végétation a bien poussé par rapport aux premières prises de vue figurant sur les cartes postales.

Des bacs en bois sont alignés au bord de la terrasse et agrémentés de fleurs. Des chaises en rotin encadrent de petites tables en bois.

 

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Hôtel du Port à Pointe-Noire vers 1935 (carte photo)

 

Au verso, un certain Noël adresse son "Bon souvenir de Pointe-Noire" à M. et Mme Moreau habitant à "La Borde Montbouy", à Châtillon-Coligny dans le Loiret.

Il nous donne un instantané de la vie coloniale d'alors.

 

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Colons attablés à l'hôtel du Port (détail de la carte photo)

 

Sur la terrasse, deux personnes sont attablées. L'une d'elles a un jeune enfant sur les genoux. Il tourne la tête vers un serveur. A gauche, il s'agit d'une femme. A droite, c'est plus difficile à cerner, mais on devine un serre-tête dans les cheveux, qui oriente aussi vers le sexe féminin.

Trois employés Noirs sont prêts à les servir, entièrement vêtus de blanc. Deux serveurs portent un long tablier et des manches courtes. Un autre, en haut des marches, porte une toque blanche et des manches longues. Sans doute le cuisinier ?

A gauche, on remarque la présence d'un chien, et à droite, celle d'un vélo appuyé sur un bac.

Douceur de vivre à la congolaise... Au moins pour ceux qui se font servir !


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Publié par Fabrice Moustic - dans Pointe-Noire
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7 septembre 2013 6 07 /09 /septembre /2013 17:00

J'ai cherché à en connaître un peu plus sur l'évolution du premier monument érigé en hommage à Savorgnan de Brazza, sur le magnifique site du promontoire de Bacongo à Brazzaville, et inauguré début 1944 (cf Brazzaville : le "phare" hommage à Savorgnan de Brazza ).

 

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Promontoire de Bacongo à Brazzaville vers 1955 (carte postale)

 

La "case de Gaulle" située à proximité immédiate, et dont la construction est contemporaine de celle du "phare", n'était pas à l'origine entourée de hauts murs (cf Brazzaville : la "case de Gaulle" ). Ceinturée de modestes murets, deux portails de pierre permettaient d'accéder à ce qui était alors une résidence privée du Général de Gaulle (avant de devenir Ambassade de France à l'Indépendance du Congo).

 

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Monument à Savorgnan de Brazza vers 1945 (carte photo)

 

Ma première quête était de trouver une illustration expliquant cette dénomination de "phare", aux connotations maritimes un peu surprenantes. J'ai trouvé un cliché ancien (hélas, non précisément daté) où l'on voit le monument peu après sa construction. A droite, on remarque les deux portails d'accès à la case de Gaulle. Quelques passants congolais prennent la pose devant l'édifice. On a aussi l'impression qu'il penche sérieusement à droite...

 

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Monument à Savorgnan de Brazza et sa "lanterne", vers 1945 (détail carte photo)

 

Mais ce qui a retenu mon attention, c'est la présence tout au sommet, d'une sorte de globe qui fait immanquablement penser à la lanterne d'un phare ! 

Le témoignage de l'architecte laissait en effet à penser que le monument a vraiment servi de "phare", à usage quasi-militaire : "Au même moment [fin 1941], on a pensé à construire le monument juste à côté. Lequel monument était un phare vertical, projetant dans le ciel un jet de lumière. C’était en somme un signal, et de façon plus pratique un point de repère pour les aviateurs" (propos recueillis auprès de M. Erell le 23/01/1976 ; www.ambafrance-cg.org). Est-ce une lampe que l'on remarque à l'intérieur du globe ?

 

Une deuxième inauguration du Monument de Brazza a eu lieu lors de la pose du bas-relief "Traité avec Makoko" en janvier 1952. La date n'est pas choisie par hasard, il s'agit du centenaire de la naissance de l'explorateur. Le gouverneur Pierre François Pelieu, chef du Territoire du Gabon, avait allumé à Libreville le flambeau symbolique qui allait parcourir l'itinéraire jadis suivi par Savorgnan de Brazza, de la capitale du Gabon à celle du Congo.

 

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Inauguration du bas-relief du monument en 1952 (photo de magazine)

 

Le flambeau passa par Port-Gentil devant les enfants des écoles, et par Lambaréné où l'attendait le célèbre Dr Schweitzer. L'inauguration à Brazzaville, avec force drapeaux tricolores et militaires à cheval, se fit en présence de Louis Jacquinot, Ministre de la France d'Outre-Mer (l'homme qui lève le bras dans l'automobile), et de Paul Chauvet, alors gouverneur de l'AEF (l'homme qui effectue le salut militaire).

 

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Monument de Brazza, le "phare" avec son bas-relief (carte postale vers 1955)

 

Au delà de la célébration coloniale, le bas-relief rompt la monotonie de l'austère mur de béton. Les trois autres faces de la pyramide devaient également recevoir des bas reliefs, mais le projet n'a jamais abouti. Dans les années 1950, on constate que le "globe" a déjà disparu du sommet du "phare".

 

J'ai eu du mal à trouver une illustration correcte de ce "Traité avec Makoko", bas-relief en céramique exécuté par le sculpteur Barroux. Une carte postale en présente heureusement un gros plan. 

 

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Bas-relief de Barroux sur le monument (carte postale © La Librairie Congolaise)

 

Il s'agit d'un groupe de cinq personnages, étagés sur deux niveaux. On reconnait à gauche le Makoko, avec son célèbre collier dentelé, accompagnés de deux hommes armés d'une lance. L'un d'eux pose un genou à terre, signe de soumission à l'autorité, ou en tout cas de non agressivité, l'extrémité pointue de la lance étant retournée vers le sol.

A droite, Savorgnan de Brazza bien sûr, en veste à boutons, échangeant des présents avec le roi des Batékés. A ses côtés, on trouve un homme armé d'un fusil (un tirailleur ?), mais dans une attitude non belliqueuse.

En dessous, on voit une partie des lettres en fer forgé formant la dédicace du monument, "A Savorgnan de Brazza et ses compagnons", aujourd'hui (quasi) disparue.

 

Le bas-relief en terre cuite a été détruit semble t-il vers 1963, dans les troubles révolutionnaires suivants la chute de Fulbert Youlou. Il n'a donc été présent qu'une dizaine d'années sur le monument, voilà pourquoi il est peu fréquent d'en trouver un cliché.

D'autres sources évoquent une destruction en 1980, mais je demeure sceptique quant à cette datation (cf http://www.patrimoine-congo-brazzaville.com/phare-de-brazza/).


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Publié par Fabrice Moustic - dans Art - culture - histoire
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